Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /Oct /2008 18:43



Genesis, en gros, a vécu trois époques. A cinq, à quatre, puis à trois. La plus intéressante étant sans doute la plus courte (une grosse année), et la moins connue, qui n'accoucha que de deux albums... Mais quels albums!


Récapitulons les faits : en des temps reculés, fin 1975... Phil Collins avait la barbe, les ordinateurs fonctionnaient avec des transistors, et Giscard gouvernait la France (étonnant non?). Après un dernier concert à... Besançon (qui accueillait encore des concerts), le génialissime Peter Gabriel quitte la bande, estimant (à juste titre) qu'il avait fait le tour, et qu'il était temps pour l'ange de prendre son envol... Rétrospectivement, ce fut la meilleure chose qu'il pouvait arriver tant l'omniprésence et les exigences musicales du Gab commençaient à sérieusement indisposer les autres musiciens du groupe, les sieurs Banks et Rutherford en tête, considérant (à juste titre-bis) qu'ils n'étaient pas pour rien quand même dans le génie génésien et que bon, mince quand même, fallait pas abuser...

Témoin de cette époque troublée, le dérangeant double LP The Lamb Lies Down On Broadway, monument pour les uns, monceau d'orgueil pour les autres, véritable exutoire d'un Gabriel possédé mais peu partageur. The Lamb, qui devait par la suite essuyer les critiques des musiciens eux-même, le romantique Hackett en tête. Ce que j'en pense? C'est un chef d'oeuvre. Mais je ne l'écoute jamais. En bref, si Gabriel n'était pas parti, le groupe ne passait pas la crise pétrolière, et on n'aurait jamais eu Hold on my heart (je plaisante).



En 1976, donc, tout le monde est persuadé que le groupe est mort, et puis les punks écrasent tous les groupes de dinosaures, même que c'était des vrais punks très méchants, dont Bros (80ies) et Tokyo Hotel (2000ies) ne seront que de pâles erzats. Yes, King Crimson, Jethro Tull ne survivront pas à la décennie, Pink Floyd ne sera par la suite que l'ombre de lui-même. Sauf que voilà, pendant la tournée The Lamb, sans doute un peu frustrés par la musique jouée sur scène (l'intégralité de l'album, seulement deux anciens titres en rappels), le quatuor Collins/Banks/Hackett/Rutherford se retrouve dans la chambre de Mike pour gratter un peu, dès fois que... et c'est Phil qui offre les bières, se voyant du coup proposer le rôle du chanteur, et c'est là que commence l'époque bénie des dieux. Après un A trick of the tail de toute beauté, et qui méritera sans doute une dithyrambique chronique à son tour, Wind and Wuthering sera pour moi l'aboutissement d'une oeuvre inouïe, inégalée, injustement reconnue.

C'est que c'est album est celui d'une alchimie que Genesis a toujours cherché mais rarement atteinte, sauf peut être sur Duke en 1980. Les compositions de Banks, la puissance de Collins, la précision de Rutherford, le romantisme d'Hackett sont sur ce disque en symbiose et délivrent 50 minutes de musique parfaite, les titres s'enchaînant comme des perles dans un écrin de brouillard, un vent de nostalgie, qui souffle de la première à la dernière note en passant par la pochette.

Eleventh Earl Of Mar **** et son intro majestueuse donne le ton, avec cette longue intro instrumentale. La voix de Collins n'est pas encore tout à fait formée, mais tour à tour fragile, chaleureuse ou rassurante, et ce qui fait son charme unique. Mélodie et rythme imparables ("Eleventh earl of mar couldn't keep you very far"...), l'album décolle et atteint déjà des sommets sur le titre suivant.

One for the vine ***** est, à juste titre, un des titres préféré de tout fan de Genesis qui se respecte. Comme un bonne paëlla valenciane, il possède tous les ingrédients dont on raffole. Un texte qui a du sens (moi en fait je m'en fous.... quoique quand je pense à celui de Follow You follow me composé un an plus tard, je sens monter en moi une subite envie de me cuiter), une mélodie génésienne au possible, une grande envolée progressive, des claviers de Banks possédés, 10 minutes (durée minimum tolérée pour faire un grand morceau de Genesis!) de pur bonheur.

Your own special way ***, titre  le plus faible de l'album, évoque... évoque surtout la puissante envie de Genesis de sortir LE tube qui entrera enfin au Top 50 Salut les p'tits clous, au détriment de la richesse musicale. Le titre n'a pas marché, parce que Hackett freine des quatre fers et insiste, le vilain, pour ajouter entre autre des morceaux de guitare sublimes (en concert on aura même droit à des renforts de violons de toutes beauté) et on devra attendre de tomber, beaucoup, beaucoup plus bas dans la complexité des titres pour que ça marche (Follow you follow me, That's all, Throwing it all away...)

Wot Gorilla? ****, ensuite, un instrumental peu connu que j'adore, avec ses petites clochettes scintillantes qui sortent de nulle part, et un petit barbu déchaîné derrière ses fûts.

All in a mouse's night ***, c'est l'histoire d'une souris qui veut échapper à un chat. Hélène Ségara en aurait fait une bouse, Genesis en fait une très belle chanson, peut être un peu brouillonne, en tout cas elle me fait un peu moins frissonner que le reste de l'album (mais beaucoup plus que le meilleur titre de Blur).

Blood on the rooftops **** ouvre ensuite une fin de l'album inouïe, grandiose, divine à en réssusciter le pape (le seul, l'unique). Après la meilleure partie de guitare génésienne de Steve Hackett en ouverture (avec celle de Firth of fifth et Horizons), et malgré un texte débile, ce sont 6 minutes de pur bonheur musical que nous offre la génèse... c'est si beau qu'on en vient presque à ne pas faire attention au chant, pourtant irréprochable, de Phil Collins.

La suite Unquiet slumber for the sleepers... In that quiet earth *****, un instrumental démentiel de 8 minutes au total (encore meilleur en live dans sa deuxième partie), propose un concentré, un diamant brut, le meilleur de ce que Genesis a fait et fera. Plus jamais le groupe, malgré des albums très bons, n'atteindra cette absolue perfection, notamment sur la deuxième partie d'In that quiet earth, où les instruments en transe de chacun des musiciens délivrent une musique qui transperce, infiniment juste, infiniment belle, totalement aboutie.

Afterglow ***** clôture cette oeuvre. Il se devait d'être monumental, il dépasse toutes les espérances. Sur un des meilleurs textes de Tony Banks, ce titre nous transporte durant 6 minutes magiques et achève d'une manière majestueuse ce monument musical. Ce titre, je l'aime tellement que je n'arrive même pas à en parler.



Oui, cette époque 1976-1977 fut la plus belle pour Genesis. Ce fut l'époque où chaque musicien fut à égalité dans le groupe, après les frasques gabrielliennes et avant les poussées eighto-collinsiennes. Quel dommage que, par cause d'absence de communication (Delarue et Morandini n'existaient pas à l'époque), Steve se soit senti mal-aimé et quitte si tôt le domicile familial. Ni trop simple, ni trop sophistiqué, Wind and Wuthering est à classer parmi les meilleurs albums de tous les temps. Genesis a résisté aux punks, comme il résistera aux chanteurs de variétoche des années 80, de la génération rock montante des années 90, et rempliera des stades en 2007, 15 ans après son dernier album avec les membres historiques. Hormis la reconnaissance des médias, des "connaisseurs" et des biens-pensants (ils sont légion dans la musique!!), il n'a rien à envier aux Dark Sides of the moon, Sergent Pepper ou autre Tubular Bells. We have won!

Par Fanou15
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus